RESPECTER CE QU'IL NOUS RESTE DE VIE

 

Voici le témoignage de Juliette:

A 93 ans, en janvier dernier, moi Juliette, je décide de quitter ma petite maison pour entrer dans un établissement médicalisé pour personnes âgées. Seule depuis de nombreuses années, je pensais finir mes jours en paix.
Si je raconte cette triste expérience, c’est pour que chacun, direction, personnel, soignants, essaient de respecter jusqu’au bout ce qu’il nous reste de vie.

Presque aveugle, mal entendante, complètement perdue et dépendante, j’essaie de m’intégrer.
Au lit vers 19h30, levée pas avant 9 heures, les nuits sont de longues heures d’angoisse. Si je sonne en demandant d’être redressée dans mon lit – la veilleuse est seule – il faut attendre l’heure du change. Si l’on s’avise de demander le bassin, on est prié d’uriner dans la protection. Si l’angoisse est si forte qu’à nouveau on appelle à l’aide, la réponse arrive vite : "Que voulez-vous encore ?"
Après la toilette, la matinée se passe dans une salle bruyante, posée sur un fauteuil roulant inconfortable. Pour la plus grande partie du personnel, on n'existe pas ;
si l'on pose une question, ils répondent en marchant : impossible de saisir ce qu'ils disent. Même pendant les repas, la convivialité est absente, on ne peut communiquer, à table, assise devant une résidante asiatique : Nous ne pouvons que nous saluer. Encore heureux que mes neurones fonctionnent ! Je ne suis pas gavée, une cuillère n'attendant pas l'autre ! Mais comment apprécier une cuisine si différente des petits plats préparés par l'auxiliaire de vie à domicile.
Pourtant dans cet enfer, il y a
Sylvie, Marc, Brigitte qui vous offrent leur affection, leur tendresse, qui prennent le temps de vous écouter, de vous sourire, de plaisanter.
Comment ne pas faire la différence ?

Leur présence est malheureusement trop courte ! Le carnet d'animation de la maison est pourtant bien rempli, mais les balades sont réservées aux valides, les jeux et travaux manuels à ceux qui peuvent voir et entendre.
Le soleil entre dans ma chambre une ou deux fois par semaine : Simone ou quelqu'un de l'équipe du SEM accepte d'écouter, de consoler, de parler, une petite demi heure où l'on se sent encore vivante.
Dans ce désert, je crie vers Dieu.Ma vie s'est passée sans lui. Maintenant, enfermée dans mon lit avec les barrières de protection, ce ne sont pas les souvenirs qui m'aident à tenir le coup, mais les prières apprises dans mon enfance. Je suis prête à mourir, mais j'ai encore soif de vie, de cette autre vie,de cette sérénité, de cette paix qui vient au fond de moi, lorsque, simplement, je récite le Notre Père.

Mon petit-fils doit arriver de Nancy le 5 août, je ne sais pas si je vais le voir.

Au revoir ou à Dieu, qu'importe ! je sais que Dieu m'aime et que je compte pour lui. le remercie pour cette longue route ; j'ai marché sans lui mais j'ai confiance,. je sais qu'il m'attend.

Juliette (La Rochelle)