J’ai prié Marie dix-huit ans pour elle

Le téléphone sonne au presbytère. Un appel de l’hôpital du quartier. On me prie d’administrer une femme qui a une tumeur au cerveau. Sa mère a téléphoné de Budapest et demande qu’un prêtre aille assister sa fille. « Comme la malade est presque toujours sans connaissance, ajoute l’infirmière, il suffit d’apporter les saintes Huiles ». Quelques minutes plus tard, je me trouve auprès de la malade. Agréablement surpris, je constate qu’elle a repris connaissance. Je lui demande si elle désire se confesser et communier. Son refus est catégorique. Inutile d’insister !

J’étais très peiné de devoir repartir sans avoir pu accomplir mon ministère, lorsque la jeune femme se ravise et se dit disposée à recevoir les sacrements. Elle se confesse en pleine connaissance, puis je lui donne l’Extrême-Onction. J’ai encore le temps d’aller chercher le saint Viatique. Elle est encore bien lucide lorsque je lui donne la Communion, mais quelques instants après, elle retombe dans le coma…
« Pour cette âme quelqu’un a dû beaucoup prier » pensai-je en rentrant chez moi. Qu’elle ait repris connaissance juste à mon arrivée et jusqu’au bout de l’administration des Sacrements, ne s’explique pas autrement…
Elle mourut peu après.

Quinze jours plus tard, une personne d’un certain âge se présente au presbytère. C’est la mère de la défunte. Elle est venue exprès de Budapest pour avoir des détails sur la mort de sa fille.

Quelle joie sur son visage lorsque je lui apprends dans quelles bonnes dispositions – et en pleine connaissance – la malade a reçu les derniers sacrements. « Quel soulagement pour mon cœur » dit alors la pieuse femme… Là-dessus, elle tire de sa poche un grand chapelet usé et me confie : « Pendant dix-huit ans j’ai prié pour ma fille et fait des sacrifices. Vers la fin de la guerre elle est partie avec des soldats allemands, fuyant la Hongrie. Son mariage n’a pas été heureux et, plus grave, elle s’est complètement éloignée de l’Église. Elle m’a causé bien des soucis… Mais maintenant je sais qu’elle est sauvée… »

Visiblement consolée et pleine de reconnaissance elle a pris congé de moi pour retourner au plus tôt dans sa patrie. Pour moi, plus que jamais, je suis convaincu de cette vérité : une âme pour laquelle on a beaucoup prié ne saurait être perdue.

Frère Albert Pfleger – Fioretti de la Vierge Marie, Ephèse diffusion, p121